Quelles propositions anarchistes pour lutter contre les licenciements ?

19/02/2009 11:02

*Le licenciement, l'arme des patrons*
Pour augmenter leurs profits, les capitalistes licencient. Ils tirent les salaires
vers le bas en augmentant la peur du chômage, et nous font payer les pots cassés de
la crise. Ils mettent la pression sur ceux qui travaillent pour gagner plus en
faisant produire plus, à moins de travailleurs et travailleuses (les « gains de
productivité ») pour débourser moins de salaires.
Cela avec pour résultats des plans de licenciements et la misère programmée pour
des millions de personnes. La crise actuelle a pour conséquence prévisible des
dizaines de milliers de licenciements. Face à cet enjeu crucial, il nous faut
réfléchir aux stratégies les plus à même de permettre aux travailleurs et
travailleuses de se défendre, tout en ouvrant des perspectives de transformation de
la société qui permettent d'en finir avec ce système générateur de misère.

*Quelle stratégie ?*

Les léninistes brandissent comme revendication « l'interdiction des licenciements
». Cette revendication est de nature démagogique parce qu?elle tente de faire
croire aux salariés que l'Etat peut les protéger contre les coups tordus des
patrons et des actionnaires.
Mais l'Etat est le bras armé des patrons : il envoie les CRS contre les grévistes,
liquide toutes les manifestations de solidarité sociale en privatisant, criminalise
l'entraide, prend aux pauvres pour donner aux riches. Les 300 milliards d'euros
donnés aux banques à la faveur de la crise et les exonérations de cotisations
patronales démontrent une nouvelle fois, s'il est besoin, qu'il ne faut rien
attendre d'autre de l'Etat, que son soutien aux patrons. Une telle revendication
condamne à l'attentisme, en brandissant l'illusion du « bras protecteur de l'Etat »
qui serait un barrage à la politique patronale. Bien au contraire, nous pensons que
les travailleuses et les travailleurs ont tout intérêt à agir directement pour
lutter contre les licenciements.

*Qu'entendons nous par « agir directement » ?*

Les entreprises fonctionnent grâce aux travailleuses et aux travailleurs. C'est
pour cela que nous affirmons que l'outil de travail leur appartient, quel que soit
les titres propriétés brandis, et cautionnés par l'Etat.
Dans le cadre d'un plan de licenciement, l'enjeu pour les personnes licenciées,
c'est d'échapper à la misère. Pour cela, nous pensons que le premier élément est la
construction d'un rapport de force. Occuper l'usine, attaquer les intérêts
économiques de la boite donneuse d'ordre ou ceux des entreprises clientes (par
exemple par le boycott, l'occupation de filiales, le blocage de l'acheminement des
produits de la boite en question...), pour se réapproprier l'outil de travail et
disposer d'un moyen de pression. C'est cette utilisation de l?action directe
offensive contre le capital qu'il faut promouvoir. La solution historique du
mouvement ouvrier, c'est l'expropriation des patrons et le redémarrage de la
production dans le cadre de l'autogestion, c'est à dire par les travailleuses et
les travailleurs eux-mêmes, pour eux mêmes. C'est cette solution que nous devons
remettre au goût du jour.
Une telle solution a par exemple été mise en ?uvre dans des centaines d'entreprises
en Argentine lors de la crise de 2001. Les patrons s'étant enfuis avec la caisse,
les ouvriers n'ont pas attendu un hypothétique et illusoire secours de l'Etat. Ils
se sont organisés collectivement, sans hiérarchie, pour redémarrer l'activité sous
forme coopérative, en reprenant leur outil de travail. On trouve d'autres
initiatives autogestionnaires du même genre aujourd'hui ou au cours de l'histoire,
comme par exemple récemment les « Strike bike » en Allemagne. En France, l'exemple
de LIP nous donne également quelques pistes. Si l'expropriation n'est pas possible,
dans le cas d'un plan social partiel, faute de rapport de force, il est intéressant
de proposer la mise en commun des indemnités de licenciement pour lancer une
coopérative ouvrière, sur la base du principe « à travail égal/salaire égal », et
de l'égalité totale entre coopérateurs (en terme de décisions, de gestion de la
structure).


*Difficultés et pistes de réponses*

Dans ce type de luttes, plusieurs difficultés émergent. D'abord une telle
perspective ne va pas sans l'instauration d'un rapport de force. L'Etat ne tardera
pas à jouer l'auxiliaire et le garant des intérêts du patronat en envoyant la «
force publique » pour tenter d'évacuer les salariés en lutte de l'entreprise.
Tous les prétextes seront invoqués : entrave à la « liberté du travail »(sic),
dégradation, effraction, non respect de la propriété privée, « trouble à l'ordre
public », etc... Le patronat peut aussi faire intervenir des milices, sous formes
de boîtes de sécurité privées, voir d'hommes de main. Il est alors indispensable
d'organiser la solidarité à l'extérieur de la boîte : en allant voir les autres
entreprises aux alentours, en sollicitant les organisations interprofessionnelles
des syndicats (UL...), et, si elles font défaut, en allant rencontrer directement
la population, les autres travailleuses et travailleurs, sur les quartiers... .
Ensuite, si la forme « coopérative » existe légalement (la loi du 19 juillet 1978,
articles 48 à 52, permet la reprise en coopérative d'une entreprise qui dépose le
bilan), la loi sur les SCOOP a permis un détournement de l'esprit originel des
coopératives. Il faut donc être attentif à la forme choisie, afin d'éviter au
maximum de permettre un retour à des logiques capitalistes au sein de la structure
coopérative.
Les coopératives peuvent fonctionner de manière très proche des entreprises
capitalistes : certaines de celles qui existent reproduisent les inégalités de
salaire, le maintien d'une distinction dirigeants/dirigés, d'un encadrement, la
dépendance envers un actionnaire (jusqu'à 50% du capital) . Il est important
d'affirmer la revendication de l'égalité des salaires, mais aussi celle d'une
gestion collective de la coopérative, ainsi que le contrôle de la totalité du «
capital » par les salariés.
Le second problème, c'est la pression capitaliste du marché, la logique de la
concurrence qui a tendance soit à mettre en difficulté la survie du projet, soit de
faire évoluer celui-ci vers les normes capitalistes de rentabilité. C'est en cela
que nous ne pouvons considérer la constitution de SCOOP comme autre chose qu'une
solution temporaire, un outil de résistance, et que nous devons réaffirmer la
nécessité d'un changement révolutionnaire, seul à même de permettre de surmonter
cette pression. La forme coopérative telle qu'elle existe légalement est un outil
de résistance, mais à terme il n'y a pas de perspective réelle de lutte contre les
licenciements sans perspective de transformation révolutionnaire de la société. Il
est dès lors impératif que les coopératives ainsi créées soit des appuis aux luttes
sociales, puissent faire jouer l'entraide comme contre-société ouvrière.
On peut insister sur la mise en réseau nécessaire des coopératives, sur l'entraide,
afin de rompre l'isolement, mais cela ne suffit pas.
L'exemple de l'Argentine nous le montre, où la pression capitaliste du /marché a
contraint de nombreuses coopératives à la fermeture, où l'/Etat n'a eu de cesse,
une fois la vague de révolte affaiblie, de vouloir récupérer les outils de
production coopératifs, où les milices patronales ont pu intervenir pour briser la
résistance ouvrière, où, plus grave, certaines coopératives ont remis en vigueur
les normes de production et d'organisation du travail (inégalités de salaires,
distinction dirigeants/dirigés) pour « s'adapter » à la pression capitaliste du
marché.
Le seul moyen de rompre avec cette capacité qu'ont le capitalisme et l'Etat à
intégrer les structures qui lui sont antagonistes, c'est le développement incessant
des luttes, c'est la fédération des structures de résistances coopératives, avec la
pratique de la mutualisation directe de la production chaque fois que c'est
possible.

//09/02/2009/
/Coordination des Groupes Anarchistes/

Le texte est disponible au format pdf ici :
http://www.c-g-a.org/public/modules/mydownloads/singlefile.php?cid=5&lid=184


[ expediteur/expeditrice <relationsexterieures(a)c-g-a.org> ]
 

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