Et si le temps virait à l'émeute ?

19/04/2009 15:47

 

Et si le temps virait à l’émeute ?

Par JBB sur Article 11

 

 

Vous sentez ?

Non ?

Mmmhhh…

Vous ne voyez rien monter ?

Non plus ?

Mmmhhh…

Vous êtes bouchés à l’émeri ?

Pas à votre connaissance ?

Mmmhhh…


Ok, reprenons rapidement.

Des salariés qui décident de faire prisonnier - un temps seulement, mais prisonnier quand même - leurs patrons, à tel point que Sarkozy s’est cru obligé d’y aller de son avertissement : « Qu’est ce que c’est que cette histoire d’aller séquestrer les gens ? On est dans un Etat de droit, je ne laisserai pas faire les choses comme ça », a tonné l’incontinent, doublé sur sa droite par un Jean-François Copé qui s’est dit « scandalisé » par le séquestration des patrons.

Des étudiants qui investissent leur université, à Rennes, Strasbourg et Orléans, ou s’invitent au Crous, à Paris.

Des barres de fer et des cocktails molotov qui ressortent de sous les manteaux, en Alsace ou en Corse.

Des forces de l’ordre qui pètent les plombs, usent de moyens disproportionnés et illégaux, laissent libre court à leur goût de la violence et se comportent en moins que rien, à Bordeaux, Strasbourg ou Bastia.

Un présidentiel meneur de revue qui a perdu tout contact avec ce peuple qui est censé l’avoir choisi comme représentant, seulement capable de pavoiser dans des sommets internationaux mais pas foutu de se déplacer en son royaume autrement que derrière une armée de policiers et de gendarmes, à tel point que même le très modéré journaliste Jean Quatremer constate qu’il y a un problème : «  La République tchèque vient, à distance, de donner une bonne leçon de démocratie à la France. Alors que Barack Obama s’est déplacé durant deux jours dans une ville fantôme quadrillée par 10 000 policiers et vidée de ses habitants, il a pu se faire sans problème acclamer par 30 000 personnes à Prague, ce matin (…). Les Tchèques ont fait la tranquille démonstration que l’on peut assurer la sécurité d’un président américain sans décréter l’état de siège, comme les autorités françaises l’ont fait à Strasbourg pendant le sommet de l’OTAN. »

Des jeunes pour cibles de toutes les politiques étatiques, eux qui sont promis au chômage une fois sur le marché du travail et sont victimes d’un véritable harcellement législatif - qu’il s’agisse de les empêcher de picoler ou de télécharger - , certitude que la fracture générationnelle est désormais telle qu’elle ne pourra se régler autrement que dans la rue.

Et un président qui fait l’autiste, seulement capable face au chômage et à l’augmentation de la misère de dire son refus de toucher au paquet fiscal - « Je n’ai pas été élu pour augmenter les impôts, moi (…) moi, j’ai été élu pour réconcilier la France avec l’entreprise et avec l’usine » - et de prôner de nouvelles déductions pour les imposés à l’ISF, au prétexte que « ça va bien au-delà de la gauche, de la droite, c’est du bon sens ».


Je sais, je sais : vous connaissez cela aussi bien que moi.

Et il n’y avait nul besoin de ce récapitulatif pour vous convaincre que les choses vont de mal en pis et vous persuader que l’exaspération finira bien par se trouver un exutoire.

Mais quand même : un petit résumé n’est jamais inutile.

Tant mettre bout à bout ces données ne laisse guère entrevoir d’autre horizon que celui de la colère et de l’émeute.

Un avenir sombre et ardent qui conduit à relativiser largement tout le bruit soulevé - ces temps-ci - autour de la question de la violence, celle des black blocks, des Corses ou des ouvriers licenciés.

Puisque ce n’est qu’un début.

Que ce sera pire, forcément.

Et qu’il faut se rendre à l’évidence : jamais grand changement ne s’est opéré avec des petites fleurs et de douces paroles.

Bref, ce ne sera au fond que justice si, à la violence du gouvernement - dans sa police ou sa politique - , répond un jour celle des opposants.

http://www.article11.info/spip/spip.php?article359

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